Photo : © Secrets © Benjamin Le Bellec
— Publié le 8 février 2022 —
C’est un secret
Place du Parlement, autour des secrets affichés à l’occasion de SECRETS de Rennes, beaucoup de mots ont été échangés. Morceaux choisis issus de ces échanges, par Audrey Guiller.

Du 26 au 30 janvier, l’artiste suisse Dan Acher a invité les habitantes et habitants à venir écrire et partager, anonymement, un de leurs secrets. Le dimanche, comme un rituel, tous les secrets ont été brûlés.

Place du Parlement, autour des secrets affichés, beaucoup de mots ont été échangés. Ceux qui ont écrit, ceux qui ont lu, ceux qui ont regardé le feu tout volatiliser ont réfléchi et discuté sur ce qu’est un secret.

Morceaux choisis issus de ces échanges :

« – Un secret, c’est quelque chose qu’on ne partage pas. C’est confidentiel. Ça peut être une bêtise. Ou quelque chose que quelqu’un nous a confiés.

– Oui, un secret est une information qui ne se dit pas, ou peu. Ce n’est pas forcément négatif.

– Peut-être. Mais moi, en ce moment, je me sépare. Alors « secret », ça me fait penser à trahison. Quelqu’un qui fait quelque chose derrière ton dos.

– Ça pourrait aussi être vu comme une forme de protection. Le secret te permet de ne pas devenir transparent au regard des autres.

– C’est vrai qu’il y a une dimension d’intimité. Je veux garder le secret pour moi. Mais aussi un caractère d’importance. Je veux le garder en moi parce que je sens que ça fait partie de moi. Même si c’est quelque chose de douloureux.

– Où finit l’intimité, où commence le mensonge ? Ma fille avait un secret. Moi, j’ai trouvé que c’était un mensonge. Le secret c’est un silence. Le mensonge, c’est quand tu caches aux autres quelque chose qu’ils devraient savoir.

– Oh là ! Moi ça me fait un peu peur tous ces secrets affichés. Ça me fait penser à ceux qui écrivaient « Mon voisin est juif ». Le côté délation.

– Ça peut être plus léger aussi, non ? Nous on a écrit des secrets sur nos histoires de caca gênantes. Pour faire rire les gens. Mais aussi parce que c’est le genre de trucs qu’on n’assume jamais publiquement. Quand on parle de son caca à quelqu’un, c’est le signe qu’on est devenus proches.

– Des secrets ? Je n’en ai pas, tout simplement. Mais moi je préfère ne rien garder et tout dégager. Sinon l’espace à l’intérieur de moi n’est plus disponible pour autre chose.

– Se vider, se libérer, se décharger d’un secret, oui, je crois que ça fait un bien fou. Pour moi, un secret c’est comme un caillou qu’on porte dans son sac à dos. Les secrets des autres sont encore plus lourds à porter, je trouve.

– C’est vrai ça, des fois les autres te disent des secrets graves et tu ne sais pas si tu dois le dire à un adulte ou pas.

– Nous, quand on a recueilli les secrets de nos élèves, on s’était dit en équipe qu’il fallait qu’on soit prêts à accueillir des secrets graves. Prêts à recueillir la parole d’enfants qui ont subi des violences, par exemple.

– Ça fait du bien de trouver quelqu’un de spécial à qui on peut confier un secret. Comme un coffre-fort. C’est un signe de complicité, un gage d’amitié.

– Nous, notre secret c’est un petit bonheur. On va bientôt être parents. Maintenant qu’on peut le dire, c’est comme une explosion d’émotions. On se sent soulagés, entourés, on se sent plus forts.

– C’est touchant de lire les secrets des autres. Parce qu’ils sont vrais, réalistes. Ça crée un lien entre nous. Ça nous fait réfléchir.

– Moi je pensais ne jamais pouvoir dire mon secret, car personne ne comprendrait. Quand je l’ai vu écrit, j’ai pensé : j’ai osé le dire !

– C’est vrai qu’exprimer un secret, c’est beaucoup. Tu décides que ce n’est plus un secret. Tu décides, alors que peut-être, jusque-là, tu le subissais ce secret. Tu redeviens maître de toi.

– En plus, quand tu partages ton secret, les autres peuvent t’aider à trouver des solutions. C’est comme l’histoire de deux hommes assis à côté dans un bus. La mère de l’un est malade, mais il n’en parle pas. L’autre vient de découvrir un remède important, mais il n’en parle pas. Parler permet d’aider et être aidé.

– Je suis d’accord ! Un soir, j’ai révélé un secret devant un groupe. Une femme, puis deux, puis trois, ont dit « moi aussi ». On n’était plus seules. »

Audrey Guiller

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