Photo : © Newroz © Jef Berhin
Édito

Qu’est-ce qui nous relie encore ? Dans une société toujours plus polarisée, on peine à trouver. Différends entre voisins, combats politiques et conflits mondiaux semblent régir le monde et sa boîte à écho médiatique. Au plus près des artistes, Les Tombées de la Nuit cherchent encore ce qui rassemble dans toutes les nuances possibles de la différence.

Le Nord, région contrastée, est donnée à voir dans toute sa palette de couleurs dans l’incroyable Friterie mon ami•e. Autour d’un cornet de frites, l’équipe nous embarque pour un voyage rouge et or dans cette région si chaleureuse et pourtant en proie au racisme le plus ordinaire.

À la prison Jacques Cartier, les artistes Germain Ipin et Marc-Antoine Granier créent une œuvre plastique et sonore toute en couleur pour raconter l’histoire de ce lieu dans ce quartier. Événement du festival 2026, programmée entre chien et loup, la création Colorer la taule dévoile les pigments ayant servi à peindre un mur de l’ancienne prison comme les paroles de témoins de ces vies aujourd’hui oubliées. La performance joue du contraste de la vie qui se dévoile malgré l’horizon assombri. Contraste encore quand on sait que les prisonniers développent des troubles de la vision.

Il faut ouvrir l’œil dans la ville. Nomade pour toujours, Les Tombées de la Nuit baladent le public dans la cité entière et au-delà, au gré de ses métamorphoses. En voyage à Maurepas, nous allons du jardin du Bonheur à la halle des Gayeulles, et les artistes tracent avec nous les lignes d’une géographie qui s’invente encore. Ce sont autant d’occasions de retrouvailles.

Ici, c’est Sébastien Barrier qui nous propose un tour de chant, sur une camionnette haubanée d’une voile, dans le bien nommé Nous camperons ici.

Là, Laure Fonvieille invente une version à quinze comédiennes des Parts manquantes, ces femmes demeurées dans l’ombre et rendues à l’espace public autour de la nouvelle promenade Odette de Puigaudeau.

Sur la place Lucie Aubrac, Bahoz Temaux, artiste de cirque, plante son mât perchoir instable. Au son du tambour kurde et de la basse, il dépeint le racisme ordinaire, la stigmatisation qui concerne toujours les mêmes. Le spectacle Newroz est en vadrouille tout autour de la métropole, passe du noir aux paillettes, raconte le regard qui tue et qui juge, celui qui plante un stéréotype sur un autre. Il dit le courage qu’il faut pour résister, la lutte pour être simplement soi-même.

L’humour et la dérision nous sauvent encore. Les Tombées de la Nuit accueillent les cracks du théâtre burlesque actuel avec Les Gros patinent bien. Pierre Guillois et Olivier Martin-Salvan réinventent les débuts du cinéma dans cette épopée rocambolesque de plus de 500 panneaux de cartons nommant les paysages, décors et accessoires. Les gags s’enchaînent et se superposent, donnant à voir la palette de jeu de très grands comédiens. Tout est affaire de rythme et de mélodie, même s’il ne s’agit pas d’un concert ! C’est une grande joie d’accueillir cette équipe, qui a joué partout dans le monde et en France, pour ces premières dates à Rennes.

Le rythme sera encore dans R.ONDE.S de Pierre Rigal, joie de la danse et cercles enfantins présentés au parc du Thabor.

Et Rennes toujours (Life on rennes même !), avec le concert d’Olli and the London Radio Pop Orchestra. Le musicien présente à l’Opéra de Rennes un concert pop, classique et électro, rassemblant quintet à cordes et chœurs d’enfant de la maîtrise de Bretagne. La fête envahira le Thabor, le samedi soir, avec Le Bal des Ardentes de Johanna Rocard. Charivari festif et costumé, ce dancefloor fête les sorcières et les bouffonnes, dans la scénographie magique du Cloître Saint-Melaine que nous retrouvons pour l’occasion.

Les Tombées seront encore ce moment, gageons-le, de fête, d’art et de foire, d’alerte et d’émotion, de sens et de rêves, l’engagement vers un été aussi indolent qu’insolent.

Morgane Le Gallic, directrice des Tombées de la Nuit

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