Photo : © Zvizdal © Benjamin Le Bellec
Jouer avec la ville, un sérieux défi technique
"À chaque spectacle, on reprend tout à zéro, on se remet en question."

Les Tombées de la Nuit aiment bondir d’un lieu à l’autre de l’espace public. Une belle idée sur le papier… Mais comment l’équipe technique arrive-t-elle à suivre ?

En deux mois de ce début d’année 2020, Les Tombées de la Nuit ont donné rendez-vous au public à l’usine d’épuration de Beaurade, à l’Opéra de Rennes, à la MJC Bréquigny, au cloître Saint-Melaine, au Théâtre du Vieux Saint-Etienne, à la Halle Martenot et devant les Champs libres. Un nomadisme à faire tourner la tête de l’équipe technique chargée de rendre les spectacles possibles. Pour permettre au festival d’être joueur, elle met le paquet sur la préparation, longtemps à l’avance.

“En fonction de la programmation proposée par Claude, on réfléchit d’abord aux lieux qu’il a pressentis”, retrace Xavier Ramond, directeur technique des Tombées de la Nuit. Il analyse les fiches techniques des compagnies artistiques pour que le lieu colle aux besoins : une pelouse pour accrocher une structure, un espace plan pour des danseurs, une fenêtre au 3ème étage pour une apparition. “Les services de la Ville nous aident. Par exemple, la direction de la Culture nous a aidés à dialoguer avec les équipes techniques de l’usine d’épuration de Beaurade.”

Une fois le lieu trouvé, Xavier Ramond et son collègue Fabien Gougeon évaluent le budget technique et les conditions de sécurité. Ils organisent une équipe qui peut compter jusqu’à 40 techniciens pendant le festival. Des piliers sur lesquels ils s’appuient. “On travaille ensuite avec le lieu qui nous accueille pour trouver des loges, récupérer de l’eau et de l’électricité, imaginer où se tiendra le public. On explique le projet artistique aux habitants ou professionnels du lieu et on récupère les plans techniques, pour formaliser des propositions qu’on soumet aux artistes”, poursuit Xavier Ramond.

Avant l’événement, l’équipe technique prépare le lieu pour qu’il serve au mieux le spectacle. “Pour Zvizdal, on a posé des pendrillons de velours dans le hangar pour rendre le son mat et occulter la lumière. D’extérieur, on était dans une usine. À l’intérieur, dans une boite noire.” Parfois, il faut bloquer la circulation d’une rue, couper un éclairage public, adapter la lumière d’une salle en s’appuyant sur les équipes techniques du lieu. “À chaque spectacle, on reprend tout à zéro, on se remet en question. Dans un temps court, on joue avec la ville, mais sans la bloquer.”

L’équipe n’est pas à l’abri de changements de dernière minute. “Le 8 mars, on a accueilli la performance de la compagnie Reckless Sleepers : les artistes découpent des chaises sur lesquelles elles sont assises, raconte Xavier Ramond. Elles devaient jouer devant le Parlement, mais la veille, on apprend que la météo sera catastrophique. Tout ce qu’on avait préparé est tombé à l’eau et on a vite monté un plan B, à la Halle Martenot. C’était super car finalement, ça a créé un autre discours, plus intime, valorisant les bruits et les silences.”

Pour Menaces d’éclaircies, des spectacles de danse créés spécialement ont eu lieu dans plusieurs endroits publics tenus secrets. “On gère alors l’équivalent d’un mini-festival dans plusieurs lieux : on monte, on assure plusieurs répétitions, représentations, on démonte… tout ça en une seule journée”, résume le directeur technique.

Pas fatigué de ce constant remue-ménage ? “Non, ça continue à m’amuser, sourit Xavier Ramond. Peut-être parce que ma famille est rennaise depuis cinq générations et que je connais et que j’apprécie cette ville. En plus, chaque nouvelle compagnie y apporte son univers. Tout se renouvelle en permanence aux Tombées de la Nuit, alors le plaisir ne s’épuise pas.”

Audrey Guiller

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