Photo : © Ambiance © Nicolas Joubard
— Publié le 19 octobre 2022 —
Repenser (joyeusement) des spectacles plus sobres en énergie
La sobriété énergétique vue par Les Tombées de la Nuit

En juillet dernier, Les Tombées de la Nuit ont proposé des concerts, spectacles et installations dans le cloître de l’église Saint-Melaine. Le lieu a été pensé pour être le moins énergivore possible. Plutôt qu’une frustration, Les Tombées de la Nuit voient la transition énergétique comme une source de créativité.

Pendant trois jours, musiciennes, musiciens et DJ ont joué dans le cloître de l’église Saint-Melaine tandis que la compagnie OpUS et Tristan Kruithof y présentaient leurs dernières créations. Les spectateurs et spectatrices en sont repartis remplis de sons et gonflés d’émotions. Rassasiés des plats qu’ils ont mangés sur place. Ils sont sortis « pleins » d’un spectacle pourtant organisé « avec moins ». Le Jardin des Tombées est un lieu énergétiquement sobre. Les Tombées de la Nuit ont fait appel à Loïc Communier, co-fondateur d’EvenTerra pour les accompagner dans une réflexion sur la transition énergétique.

« Dans le cloître, le son de façade a été amplifié par des enceintes 100% solaires et très basse consommation, de la start-up française Pikip Solar Speakers, explique Loïc Communier, qui a aussi imaginé un stand de restauration spécial pour le public. Avec une bouteille de gaz, une seule prise pour un frigo et des produits achetés à moins de 50 kilomètres, nous avons servi 700 couverts. »

Moshka © Nicolas Joubard

Négawatter les spectacles

Dans le monde de la création artistique et du spectacle vivant aussi, la question de la transition énergétique se pose. Un spectacle nécessite de l’énergie pour amplifier le son, générer des lumières, préparer de la nourriture pour le public. Il implique le déplacement du matériel et des spectateurs. « À nous d’imaginer des événements qui pèsent moins lourd », lance Loïc Communier.

Pour Lénaïc Jaguin, référent Responsabilité Sociale et Environnementale (RSE) aux Tombées de la Nuit, la réflexion peut commencer avec les techniciens : « Par peur de manquer ou pour éviter que l’installation ne lâche en plein spectacle, les techniciens ont toujours été habitués à prévoir une capacité électrique maximale ». Loïc Communier confirme : « Dans le secteur, la question de la sobriété énergétique ne se posait pas. Inconsciemment, on pensait aussi que plus il y avait de lumière et de son, plus l’événement paraissait important. »

Sa démarche est de « négawatter » les scènes et sites, c’est-à-dire : réduire le nombre de watts nécessaires à l’événement. Loïc Communier explique : « Il ne s’agit pas de se dire : remplaçons les ampoules par des LED et mettons-en deux fois plus. Mais plutôt de se demander : Peut-on faire sans cet éclairage ? Pourquoi ne jouerait-on pas ce spectacle de jour ? A-t-on vraiment besoin de proposer des frites ? » Au cloître par exemple, le plat mijoté et le bar à fromages locaux a plu au public.

Être plus créatif et plus joueur

Lénaïc Jaguin ne nie pas que la question de sobriété énergétique est aussi liée au coût croissant de l’énergie : « Mettre deux semi-remorques de matériel sur la route coûte deux fois plus cher qu’avant. » Mais il ne conçoit pas le sujet comme un pur calcul comptable : « On ne veut pas se contenter de dénombrer combien de gobelets recyclables on met en circuit à chaque spectacle. Ce qui nous intéresse, c’est de dessiner des événements, de réfléchir des créations qui intègrent dès le départ le critère de sobriété énergétique. Pas comme une contrainte frustrante, mais comme un paramètre qui pousse à être plus créatif et plus joueur. »

Pourquoi pas de belles mises en scènes sans lumière, des événements plus petits, dans des micro-lieux éphémères ou décentralisés ? « Tout spectacle ne se résume pas à un immense festival, autour d’une grosse scène équipée d’une dizaine d’amplis et de retours, estime Loïc Communier. On peut imaginer une nouvelle offre artistique et on verra comment les publics embarquent dans d’autres aventures. »

Ambassadeur Savon © Nicolas Joubard

Les artistes ne sont pas absents de la réflexion. Car pour Les Tombées de la Nuit, on peut tout à fait parler de sobriété sans nuire ni sacrifier la qualité artistique. « Les artistes sont de plus en plus nombreux à porter un message écologique. Ils s’intéressent donc plus qu’avant à l’aspect technique de leurs créations », confirme Lénaïc Jaguin. Loïc Communier ajoute : « Pour plein d’artistes, jouer sur une grosse scène est encore un symbole de réussite et de notoriété. Mais j’en croise beaucoup qui ont envie d’autres choses. Les modèles changent. »

Dans cette réflexion sur la transition énergétique, Loïc Communier se décrit comme un alchimiste, qui avance un petit pas après l’autre sur un chemin où il n’est « pas sachant mais apprenant ». Il expérimente, réfléchit et corrige. « Je me sens à l’aise avec Les Tombées de la Nuit car notre démarche est commune : on cherche en faisant, on agit même si on n’est pas parfaits. »

Audrey Guiller

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