Photo : © Rencontres de boîtes © Nicolas Joubard
Territoire et habitants

Territoire : Étendue de la surface terrestre où est établie une collectivité humaine.

Aux Tombées de la Nuit, la réalisation d’un projet implique la prise en compte du contexte, du lieu où il se joue. En jonglant avec l’espace, en s’inspirant ou en détournant le territoire, l’art y prend d’autant plus de sens. Nous souhaitons réorienter, poétiser des lieux de la vie quotidienne pour mieux extraire « la culture de sa tour d’ivoire ».

Dans cette démarche, la place de l’habitant-spectateur est au centre des préoccupations de l’équipe des Tombées de la Nuit. Il s’agit de réfléchir au lien entre l’œuvre, le contexte et le spectateur, de ne pas laisser ce dernier en retrait. La question sans cesse posée : jusqu’à quel degré peut-il interagir, participer ? Nous favorisons le pas de côté, le regard décalé et cherchons à comprendre l’autre, à aller saisir sa singularité.

Cela se joue dans la rencontre entre artistes et habitants, grâce à des projets implicatifs qui permettent l’enrichissement artistique et personnel de ces deux entités. Ainsi, nous souhaitons favoriser l’ouverture à d’autres esthétiques, développer l’esprit de curiosité, réinterroger la place et le rôle du citoyen dans son environnement social.

Depuis le début, nos choix artistiques se font en fonction de leur positionnement, de leur action dans l’espace public, de leur respect de la diversité des personnes et des histoires. Quel sens portent nos propositions artistiques ? Quels débats, quels doutes enclenchent-elles ? Lorsque, dès la genèse de l’écriture, il questionne la place du spectateur et son rapport à l’espace public, l’artiste retient notre attention.

Cet ancrage dans le territoire ne s’invente pas, il se construit chaque année, différemment, en fonction des spectacles, des lieux et des populations. Avec le temps, petit à petit, la ville est parcourue par les projets artistiques éphémères. Au-delà de la (re)découverte ponctuelle des places et des rues, c’est une cartographie sensible qui se dessine pour les habitants et habitués des Tombées de la Nuit. Chaque lieu devient porteur, pour le spectateur, des émotions vécues face aux spectacles présentés.

Ainsi, toute la ville peut devenir terrain de jeu. Toutes les rues, les allées, les places, les boulevards, les quais, les esplanades, les coins et recoins, les terrasses, les trottoirs, les cours d’eau, les escaliers, les chemins, les arrière-cours, les stades, le vélodrome, les pelouses, les parcs, les transports en commun, les piscines, les palais, les tours, les toits, les lampadaires, les bistrots, les musées, etc.

C’est la question fondamentale de la présence de l’art dans l’espace public, et pour les habitants, de l’émancipation personnelle dans la construction du bien commun. L’espace public devient un territoire de jeu dénué de présupposés, d’idées figées mais riche en potentialités, en révélations.

Nous avons la conviction que le geste artistique au cœur de l’espace public, au contact direct des individus, permet d’estomper les barrières sociales, d’éviter le déclassement, de faire fi d’un possible sentiment d’incompatibilité face à la culture. Le pouvoir de la relation humaine et le respect des personnes nous animent. Pour cela, nous devons rester à l’affût de nouvelles formes, renouveler les formats, les dispositifs, sans cesse agir sur notre rapport aux habitants.

Intégrer l’habitant à l’acte créatif, dans nos projets participatifs, ne signifie pas uniquement de faire pour un public toujours plus large, mais de faire avec des habitants toujours plus impliqués.

Une communauté d’habitants que nous nommons les habitants-complices (environ 400 personnes) suit les projets des Tombées de la Nuit de façon privilégiée et assiste à des causeries, réunions conviviales où sont discutés les projets futurs.


Depuis février 2007, des habitants des quartiers de Bourg L’Evêque, Alphonse Guérin, Thabor Oberthur, Maurepas, Cleunay, Le Colombier, Villejean, Le Blosne ont pris l’habitude de se retrouver pour discuter de la forme de leur engagement aux côtés des Tombées de la Nuit, lors de causeries.

Espace de rencontres, d’échanges, de questionnements et d’interrogations, de propositions, de retours sur les actions menées, de partages d’expériences et d’envies, ce collectif foisonne et s’emballe volontiers. Nous souhaitons continuer à appuyer les initiatives des uns, valoriser les savoir-faire des autres, être à l’écoute des réticences comme des envies, mettre à contribution les qualités personnelles, pousser les curiosités, partager les réflexions, encourager la transmission, le travail en groupe, l’échange, faire un bout de chemin ensemble.

Parmi les 30 à 50 habitants-complices qui se rassemblent lors des causeries, toutes et tous ont une histoire avec les Tombées de la Nuit. Certains viennent de participer à leur premier projet implicatif et souhaitent s’engager un peu plus aux cotés des Tombées. D’autres nous suivent depuis de nombreuses années et sont la mémoire du projet. Mais ce qui les réunit, jeunes et moins jeunes, est leur intérêt pour cette ville, pour le projet des Tombées, leur curiosité et leur envie de créer du commun.

Ce rapport privilégié au collectif d’habitants, cette constance de la relation entre l’équipe et les habitants est une partie majeure de notre ancrage dans le territoire, dont le projet artistique dépend.

Dans cette volonté continue d’implantation sur le territoire, nous sommes, tout au long de l’année, en interaction avec de nombreux partenaires (structures culturelles, sportives, sociales, associations, etc). Avec eux, se tisse une relation de confiance. Nous échangeons et imaginons ensemble afin d’organiser des sorties adaptées et des accueils privilégiés et ainsi, écrire une histoire singulière avec chacun d’entre eux. Il s’agit de créer des dynamiques afin que les usagers de ces différentes structures côtoient les propositions des Tombées de la Nuit et dans certain cas, de les faire participer aux projets implicatifs.

Depuis plusieurs années, nous avons noué des liens, à des niveaux d’engagements variés, avec les structures suivantes :

L’AREA /ARASS, Maison de l’enfance, COALLIA, CATTP Hôpital de jour, La Thébaudais, Le GRPAS/ Maurepas, Le foyer Chrysallis L’Hôpital Saint-Grégoire / Service PREFASM, L’Association Le Crabe rouge, l’Institut Médico Educatif Le Triskell – ADAPEI à Bruz, le Foyer La Vaunoise à L’Hermitage, L’URAPEDA, RETINA 35, Le centre Angèle Vannier, FAM BREHAM 56 (PMR), les centres sociaux de Cleunay, Villejean, du Blosne et de Maurepas, la Maison des Squares, Carrefour 18, le Cercle Paul Bert du Blosne, Toutatout, La Maison des jeunes à Bruz, Kerveiza, Les Champs Libres service accessibilité, IMPULSION, Handistar – Keolis, Le Centre Médico Psychologique Les Colombes, Les Universités de Rennes 1 et 2, L’APRAS, Le CRIJ, Le Triangle – Cité de la danse, FAIR(E) /CCNRB, L’ADEC, Le Diapason, Le Théâtre de la Paillette, etc.

Nous sommes également partenaires de la Ligue de l’Enseignement aux côté de laquelle nous proposons des actions « Dedans / Dehors » avec les Centres Pénitenciers de Rennes et de Vezin.

Dedans, prendre le temps de la rencontre avec l’équipe et les artistes en création, imaginer ensemble une intervention artistique pour l’ensemble des détenu(e)s et donner ainsi à voir l’effervescence partagée. Dehors, plonger dans le bouillonnement de l’événement dans le cadre d’une permission de sortie culturelle. C’est l’occasion de nourrir le lien ténu créé dans les murs, de découvrir les spectacles des artistes rencontrés plus tôt, de devenir habitant complice d’une création partagée. Cette relation au long cours révèle une vie dans la ville, déplace les frontières physiques et symboliques, et dévoile de nouveaux espaces de jeux.

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LES TOMBÉES DE LA NUIT sont soutenues par La Ville de Rennes, La Région Bretagne, Le Département Ille-et-Vilaine et le Groupe Legendre.

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