La place du spectateur
© Rencontres de boîtes © Nicolas Joubard

L’équipe met la place du spectateur au cœur de ses réflexions. Ici, celui-ci n’est pas en retrait. « On travaille le rapport entre l’œuvre, le contexte et des spectateurs complices : jusqu’à quel degré peuvent-ils interagir, participer ? »

Les Tombées de la nuit ont, depuis le début, placé l’habitant-spectateur au cœur de son projet, en interrogeant systématiquement la place du public, en favorisant le pas de côté, le regard décalé, pour chercher à comprendre et rencontrer l’autre dans sa singularité. En favorisant les rencontres entre artistes et habitants, par les projets participatifs qui permettent de vivre pleinement ces expériences enrichissantes pour chacun.

La place particulière proposée aux habitants dans les projets participatifs des Tombées de la nuit, favorise l’ouverture à d’autres esthétiques, développe l’esprit de curiosité permettant de rencontrer l’autre et de réinterroger la place et le rôle de la personne citoyenne dans son environnement social. Depuis le début, les projets artistiques sont programmés en fonction de leur positionnement vis-à-vis de l’espace public dans lequel ils sont portés, dans le respect de la diversité des personnes et des histoires.

Nous n’avons pas la prétention de modifier la société, mais nous sommes persuadés que le geste artistique posé dans l’espace public, au contact direct des personnes permet de baisser des barrières sociales et d’éviter le déclassement, le sentiment du « c’est pas pour moi ». Au-delà de la question de l’élargissement des publics, c’est le sens de la relation humaine et le respect des personnes qui nous animent. C’est pourquoi nous avons toujours accordé une place importante aux projets participatifs – et nous développons les projets implicatifs, au cours desquels l’habitant se trouve intégré à l’acte créatif, dès le processus de construction du projet proposé. Il ne s’agit pas uniquement de faire pour un public de plus en plus large, mais de faire avec des habitants de plus en plus impliqués.

Focus Intrude : des lapins géants qui permettent une réappropration de l’espace public.

Dans le cadre d’un partenariat avec Electroni[k], Les Tombées de la nuit ont accueilli l’œuvre Intrude de la plasticienne australienne Amanda Parer du 10 au 16 octobre 2017. Il s’agissait de 5 lapins géants et blancs sur le Mail François Mitterrand. Nous avons proposé aux habitants complices de prendre une place de médiation auprès de cette installation. Une de ces médiatrices, habitante du Mail, nous a fait un retour sur le changement qu’elle avait perçu de cet espace qui lui était familier. Elle a en effet remarqué que les lapins illuminés toutes les nuits pendant une semaine jusqu’à minuit avec un public familial avaient permis à des habitantes qui ne le faisaient pas habituellement de s’asseoir sur des bancs. Elles ont pu ainsi s’autoriser pour une fois à profiter de cet espace habituellement réservé aux hommes.

Les lapins d’Amanda Parer ont permis de donner à voir le Mail sous un regard différent et cette nouvelle perception a permis une réappropriation de l’espace public. Cette anecdote donne à voir comment le regard sur la ville peut se décaler par l’œuvre d’art et créer de nouveaux rapports au territoire, de nouveaux usages plus généreux et accessibles.

UN PROJET A PARTAGER

De la dimension internationale à l’échelle très locale d’un quartier, les Tombées de la nuit stimulent, éveillent, proposent, échangent et … reçoivent en retour. Il s’agit de provoquer des aventures de voisinage au sein desquelles les habitants du quartier trouvent la possibilité d’interagir en devenant complices du projet artistique.

Donner aux habitants d’un quartier l’occasion privilégiée de côtoyer les artistes, de les suivre dans la concrétisation de leurs projets, et d’y être associés, tout simplement. Créer les conditions de ces échanges artistiques se nourrissant du territoire, de sa réalité et de la place qu’y tiennent ses habitants.

Puisque c’est l’adéquation entre ces trois entités que nous recherchons (relation au lieu, relation à l’œuvre, relation aux publics), la question de la médiation fait partie intégrante du projet.

Afin de fédérer les envies et les énergies, nous contactons de nombreux acteurs locaux en amont des préparatifs (structures culturelles, sportives, sociales, associations et collectifs d’habitants, bailleurs sociaux…). C’est sur ce « désir du faire ensemble » que réside le sens du projet des Tombées de la nuit. Un projet que nous souhaitons curieux et généreux, exigeant et populaire. Un paradoxe dont nous sommes conscients et qui nous pousse chaque année à innover pour faire vivre cette belle ambition.

LE COLLECTIF D’HABITANTS

Quoi de plus parlant que l’envie partagée – par l’équipe du festival et les habitants ayant collaborés au festival dans leur quartier – de poursuivre ensemble l’aventure…

Quoi de plus enthousiasmant que la naissance d’une équipe d’ambassadeurs prête à suivre une relation au long cours… Une manière pour eux de garder contact, pour nous de les mettre au courant en avant-première de nos actualités, d’échanger…

Depuis février 2007 des habitants des quartiers de Bourg L’Evêque, Alphonse Guérin, Thabor Oberthur, Maurepas, Cleunay, Le Colombier, Villejean, Le Blosne ont pris l’habitude de se retrouver pour discuter de la forme de leur engagement aux côtés des Tombées de la nuit, lors de causeries.

Lieu de rencontres, lieu d’échanges, de questionnements et d’interrogations, de propositions, de retours sur les actions menées, de partages d’expériences et d’envies, ce collectif foisonne et s’emballe volontiers. Continuer à appuyer les initiatives des uns, valoriser les savoir-faire des autres, être à l’écoute des réticences comme des envies, mettre à contribution les qualités personnelles, pousser les curiosités, partager les réflexions, encourager la transmission, le travail en groupe, l’échange, continuer à donner envie de faire un bout de chemin ensemble…

En 2016, le rythme des causeries s’est intensifié avec 5 causeries sur l’année. Chacune de ces causeries réunit entre 30 et 50 habitants complices : tou-te-s ont une histoire avec les Tombées de la nuit. Certain-e-s viennent de participer à leur premier projet implicatif et veulent s’engager un peu plus aux cotés des Tombées, d’autres nous suivent depuis de nombreuses années et sont la mémoire des Tombées mais tou-te-s, jeunes ou plus agé-e-s, sont réuni-e-s autour de l’intérêt qu’ils portent à leur ville, au projet des Tombées et par leur insatiable curiosité et leur envie de partager et de créer du commun.

Les causeries se déroulent dans des endroits différents de la ville en fonction des projets présentés. Les Tombées proposent un verre et les habitants amènent de quoi grignoter. C’est aussi pour eux-elles un temps de fête et de retrouvailles.

Depuis 2016, nous avons souhaité faire évoluer le format des causeries : désormais elles sont thématiques en fonction des projets ou du contexte (causerie de Noel, causerie italienne…) et nous consacrons un temps à un-e artiste qui vient présenter un projet à venir. Ainsi le lien entre artistes et habitants se dessine avant même le début des projets et prend un caractère moins formel, car les artistes sont fortement invité-e-s à rencontrer les habitants également en partageant un verre.

Cette relation privilégiée à ce collectif d’habitant constitue donc une dimension prépondérante de notre ancrage dans le territoire, en ce qu’elle garantit la permanence de la relation humaine entre l’équipe et les habitants, là où va se jouer le projet artistique.

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