Elles font parler les objets africains
© You will be missed © Nicolas Joubard

Dans You will be missed, trois artistes ont rencontré et filmé des Rennais ayant chez eux un objet africain. Aux Champs Libres, elles ont embarqué les spectateurs dans un voyage. Mêlant délicatement intime, fiction et réflexion politique sur les liens entre Europe et Afrique.

Trois femmes artistes : Anne Thuot, Sara Sampelayo et Flore Herman. Imaginez-les comme un seul corps.

Imaginez, dans la main gauche, paume ouverte vers le ciel, une volonté de réflexion : « You will be missed est un projet participatif et une installation qui parlent du lien complexe qui continue à exister entre les continents européen et africain », explique Anne Thuot. « Historiquement, les liens entre l’Europe et l’Afrique sont un va-et-vient continu de contributions mutuelles. Mais l’Europe a gommé les apports africains, elle les a blanchis. Elle a fait comme si les Européens avaient découvert l’Afrique. », ajoute Flore Herman. Ça parle de politique internationale, de rapports Nord-Sud.

Imaginez, dans la main droite, paume ouverte vers le ciel, un regard sur l’intime. Les artistes ont été rencontrer et filmer chez eux des Rennais volontaires. Des habitants qui témoignent du lien personnel qu’ils entretiennent avec un objet africain qu’ils « possèdent » dans leur intérieur. Ça parle de gens, d’histoires personnelles, d’attachement, d’émotions.

Imaginez les deux mains, paumes ouvertes, qui se rejoignent. Elles se touchent. Dans ces mains : des objets. « Les objets ne sont pas un prétexte dans You will be missed. Ils en sont le coeur », précise Anne Thuot. 80 % du patrimoine archéologique africain se trouve aujourd’hui en Europe. Les artistes, elles, ont interrogé les objets familiers d’habitants rennais, qui ne sont soi-disant pas porteurs d’une grande histoire. Que racontent-ils, pourtant, de la présence africaine en Europe ? Ça parle d’une spatule pour mélanger le foufou, d’un plateau, d’une statuette, d’une médaille, etc. « Dans les témoignages, on ne cherchait pas les larmes, le pathos, ni la confidence, raconte Sara Sampelayo. On a plutôt fait parler l’objet. » Se focaliser sur l’objet, « permet de penser ensemble l’affectif et le politique. C’est ce mélange qui est beau », ajoute Flore Herman. Pourraient-ils rendre cet objet? ont demandé les artistes aux habitants. « Une petite métaphore, sourit Sara Sampelayo. Que signifierait, pour l’Europe, de restituer à l’Afrique ce qui lui appartient? »

Imaginez maintenant ces deux mains remplies se tendre vers les spectateurs. Aux Champs libres, l’installation audio et vidéo des trois artistes se présente comme une mosaïque d’écrans. Diaspora d’objets, rassemblés de manière éphémère. Dans les casques, les histoires des objets racontés par leurs propriétaires. Puis, ça et là, l’apparition clownesque du personnage fictif de Lydia Richardson. « Nous avons beaucoup pensé la place du spectateur, retrace Anne Thuot. Nous voulions partager l’intime grâce aux casques. Etre dans la douceur et non dans la culpabilisation. Lui créer un espace de réception : le rythme de l’installation permet à chacun de s’échapper pour revenir à lui-même et se questionner ». Ai-je moi aussi des objets africains ? Où sont-ils ? Que racontent-ils ?

Audrey Guiller

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