Rencontre avec un passionné passionnant
© Johann Michalczak

Samedi 8 juillet, se tenait la dernière représentation de “La vieille qui lançait des couteaux” à Rennes, dans le cadre des Tombées de la Nuit. Cette pièce de la Compagnie Amaranta s’est jouée à guichet fermé. Entretien avec son créateur, Martin Petitguyot.

Il est là devant moi, après sa performance éblouissante dans le spectacle “La vieille qui lançait des couteaux”. Lui, c’est l’âme de la compagnie Amaranta, Martin Petitguyot. Il s’est changé, a troqué ses vêtements de scène pour une chemise orange vif et porte des anneaux aux oreilles, il a le look gitan et pourtant, il n’est pas tsigane “j’ai longtemps vécu en roulotte à côté des gitans et j’ai vu comment ils étaient traités”.

Le ton est donné, Martin est passionné par le monde gitan, leurs relations avec les paysans, leur histoire et ce qu’ils vivent encore aujourd’hui. Il est intarissable sur l’histoire des Tsiganes et vous en parlerait des heures, évoquant Henriette Asséo, la spécialiste des Roms et autres Bohémiens, il remonte à La Perse et au Rajasthan où ils forment encore une sous-caste aujourd’hui, il évoque l’arrivée au Xème siècle, vers 1 300 en Europe avec leur tente. “très vite, on les a considérés comme des voleurs de poule”. Il parle de la comedia del arte, du théâtre de Molière, tous inspirés des Roms et “même les couleurs de McDo, vertes, jaunes et rouge, c’est gitan !

Il parle politique “François Hollande a enfin reconnu en fin de mandat la responsabilité de la France dans l’internement des Tsiganes durant la seconde guerre mondiale”. On le sent content de ce premier pas vers la reconnaissance du génocide des gens du voyage.

J’ose lui dire que je suis fan et que j’ai adoré tous les personnages : la vieille, le fils et la petite fille. J’ai tellement ri ! Il me remercie mais insiste sur la profondeur des messages et ce qu’ils racontent. Et c’est vrai que son texte explore toutes les émotions, jusqu’aux larmes…

Nous parlons des couteaux, il reste modeste : “Oui, j’ai appris à lancer des couteaux et c’est vrai que c’est rare d’utiliser autant d’ustensiles de poids différents. La fourchette reste le plus difficile à lancer, c’est vrai, avant la casserole !”

Celui qui a fait des études de théâtre, qui est passé par le conservatoire National Supérieur d’Art dramatique, le cinéma et Les 26 000 couverts, a monté sa compagnie en 2010 et écrit ce premier spectacle. Il a construit sa roulotte, tout seul, sans aide.

Son spectacle, il le joue depuis 5 ans. Cela cartonne dans les campagnes, moins dans les festivals où la jauge (100 personnes) n’est pas jugée suffisante. On le sent battant, parfois déçu mais il veut y croire !

Sa générosité le pousse à offrir un verre à la fin du spectacle et il répond à toutes les questions ; une façon d’incarner une forme de théâtre qui va à la rencontre des gens et ne reste pas enfermé dans les salles.

Je le remercie pour le temps qu’il m’a consacré, il ne mesure pas tout ce qu’il m’a donné ce soir…

Leur actualité, les 11, 12 et 13 juillet 2017, dans le cadre des Scènes Nomades à Brioux sur Boutonne (79). Et sinon, pour les retrouver en France, www. amaranta.fr

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