Rencontre autour d’une soupe
© Le Temps d'une soupe © Nicolas Joubard

Deux inconnus, une soupe et un thème donné. C’est un des projets auxquels les Rennais ont pu participer cette année. Il fut source de fructueux échanges, de sains débats et de belles rencontres. Rencontre le temps d’une soupe avec Pierre ALLARD, membre de la Compagnie ATSA à l’origine du projet.

Comment est né ce projet?

Ça a été 20 ans de travail. L’idée c’était de redonner l’espace public au citoyen. Au Québec, à l’époque, les gens allaient à l’église et se parlaient dans le village. Dans les sociétés modernes, il y a de moins en moins ces rencontres sociales. Ou c’est devenu des moments de purs divertissements comme les matchs de soccer (football) mais c’est très impersonnel. Il n’y a plus cette rencontre directe.

Donc on a monté différentes actions très politiques. Le Temps d’un Soupe a commencé à se développer dans un projet avec les SDF au Québec. On voulait créer un lien de proximité. Ça a tellement bien marché qu’on a décidé de le sortir de ce cadre pour l’adapter à d’autres lieux, comme Rennes.

Comment ont été choisis les thèmes de discussion distribués aux participants?

Il y a eu un atelier avec des habitants du quartier, des commerçants, un politique et des associations pour faire ressortir des problématiques rennaises sur la thématique du «vivre-ensemble». On va toujours rechercher dans les autres expériences des questions qui étaient intéressantes. On essaye de faire du «glocal» (global et local). Pour éviter que ce ne soit que des questions rennaises si des personnes d’autre part veulent participer.

Rennes était une étape, où emmenez vous le projet?

Il est parti du Québec. L’année dernière, on a fait le premier test à l’étranger à Besançon. Après Rennes, on va à Graz en Autriche, en Angleterre et à Vancouver. En 2018, on fera une tournée dans les pays émergents: Maroc, Liban, Burkina Faso, Madagascar, Haïti. On se trouve toujours un partenaire local.

Est ce que vous avez constaté des différences entre Rennes et les autres villes où le projet est passé?

Chacune des villes est différente. Les gens apprécient généralement le tissu social de Rennes. C’est une ville assez grosse pour avoir un réseau étendu mais convivial. Même si on déplore que le voisinage direct soit un peu fermé. Il manque un rapport de proximité avec ses voisins. C’est un peu impersonnel, les portes sont fermées, on ne se voit pas. Mais j’étais surpris de voir comment les gens aiment leur ville.

Qu’est ce qui a été discuté lors des ateliers à Rennes?

On a parlé de créer plus d’espaces de marchés publics, favoriser certains commerces de proximité pour créer cette vie de quartier. On a parlé des migrants aussi. A  la Poterie par exemple c’est un peu triste, tous les gens du quartier sont contents qu’ils soient la mais ils sont menacés d’expulsion alors on a invité des associations.

C’est un projet qui a réuni un public très diversifié?

On eu un groupe de prisonnières, un groupe d’handicapés, des jeunes en difficultés scolaires qui sont venus avec une accompagnante. Donc ce n’était pas rébarbatif. Et puis il y avait trois jeunes parisiens bien habillés, très propres. J’ai mis l’un d’eux avec un jeune réfugié. C’est des rencontres improbables qui ouvre à l’autre. C’est beau de parler d’empathie, mais si tu n’es pas face à une expérience concrète, si tu n’es pas face à ce que l’autre a vécu et comment il voit la vie, c’est difficile de vraiment comprendre.

Pourquoi la soupe?

Cela créée un lien. On avait fait un projet qui s’appelait «Cuisine ta ville». On invitait des réfugiés à venir cuisiner une soupe et à partager leur histoire de migration. La soupe est un prétexte pour se parler, raconter son histoire, se poser des questions sincèrement.

Lucile RAGUIN & Emma BENDA

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